... et son cousin missionnaire en extrême orient

Le hasard ou la Providence a voulu en effet, que 50 ans plus tard un cousin de Mgr Darnis soit à son tour sacré évêque en pays de mission.

Antoine Usse né près de St Jacques des Blats en 1860  est cousin germain de Mme Marguerite Darnis du Bouissou de St Illide décédée en 1930. Elle vivait au Bouissou lorsque son cousin était missionnaire et lorsque, plus tard, il est rentré en France et y mourir.

Outre la parenté, d'autres points rapprochent encore Joseph Darnis et Antoine Usse.
Tous les deux ont été formés au grand séminaire de St Flour puis ordonnés dans ce diocèse.
Tous les deux sont ensuite entrés chez les pères Lazaristes pour être envoyés en pays de mission et feront preuve d'un zèle édifiant.
Tous les deux enfin décéderont prématurément à l'âge de 44 ans...

Mais si Joseph Darnis est envoyé évangéliser la Perse, Antoine Usse lui, est missionné en Extrême Orient et rejoint la Birmanie en 1884.

Rappelons que Mindon, le roi de Birmanie, est alors en lutte contre les Anglais qui cherchent à étendre leur influence en orient. Malgré une résistance acharnée, le 1er janvier 1886, la Reine Victoria reçoit la Birmanie comme cadeau de nouvel an. Le pays entre dans le Raj britannique (nom donné à l'empire des Indes).


Là, pendant près de 20 ans, Antoine se montre très actif et déploie, comme son cousin, un zèle remarquable dans ce pays en guerre où il échappe à plusieurs reprises aux massacres.
Ceci lui vaut, comme son cousin 50 ans plus tôt, d'être nommé en 1894 Vicaire Apostolique de la Birmanie Septentrionale et évêque titulaire de Selve en résidence à Mandalay où la cathédrale (voir photo ci-dessous)vient d'être édifiée par son prédécesseur, Mgr Pierre-Ferdinand Simon. 

Malgré de grands éloges pour son attitude édifiante en qualité d'évêque, surgit alors quelques années plus tard, en mars 1900, un fait qui l'oblige à quitter aussitôt la Birmanie..

Pour approcher Antoine Usse,  quoi de mieux que sa correspondance à La Croix du Cantal, hebdomadaire catholique auquel il a écrit à plusieurs reprises ?

Ce journal révèle aussi, tardivement, les raisons de son retour précipité en France.

A travers les propos de Mgr Usse et d'un de ses proches, parfois surprenants voire choquants aujourd'hui, apparaît certes le zèle apostolique de ces prêtres qui engageaient toutes leurs forces au service de la conversion des birmans mais aussi, en toute bonne foi, leur conviction que ces "indigènes" avaient tout à gagner à changer de religion et de culture.
L' attaque contre les juifs et les francs maçons, que l'évêque reprend ici à son compte, est d'expression courante à l'époque, en particulier dans cet hebdomadaire catholique, où chaque numéro, de 1892 à 1940, est l'occasion de s'en prendre à ses deux boucs émissaires.

En fin 1895, l'évêque écrit : " Depuis le 1er janvier (1894), j'ai passé plus de 4 mois en dehors de Mandalay, en courses continuelles, à la poursuite des âmes. Je vais tantôt en chemin de fer, tantôt en bateau à vapeur sur le grand fleuve, ou en canot sur les rivières ou à cheval ou à pied. Je suis heureux de revoir mes confrères et les catholiques birmans qui sont généralement excellents..
Me permettez-vous de vous parler de mes besoins ? Il me faudrait surtout des missionnaires et des fonds.. Nous ne sommes ici que 23 :  Un évêque, 19 missionnaires et trois prêtres indigènes. Sur bien des points de cet immense Vicariat qui compte plus de 800 kms du nord au sud et est habité, à l'est, au nord et à l'ouest par de nombreuses tribus sauvages. Des âmes me demandent et je ne puis pas leur donner de missionnaires..
A Mandalay seulement, j'ai à bâtir : 1- un évêché, car je vis en ce moment dans une maison prêtée à la mission par la charité d'un catholique, 2 - deux écoles, l'une pour les anglais, métis et birmans de la capitale et l'autre indienne pour les nombreux catholiques qui nous arrivent de Madras (ces deux écoles sont urgentes, les protestants nous ont devancés),  3 - un séminaire pour une trentaine de latinistes qui par leur piété et leur application me consolent grandement au milieu des peines de l'apostolat"..


Un an plus tard Mgr Usse  proclame   :"..Que deviendraient les missions sans la France ? c'est elle qui donne ses enfants qui iront prêcher et mourir aux extrémités du monde. Elle donne son sang, son or, tout ce qu'elle a. Aussi vous ne sauriez croire combien elle est aimée dans nos pays de mission..
Qu'elle soit glorieuse, qu'elle soit puissante, qu'elle soit délivrée des mains des juifs et des francs-maçons qui voudraient la détruire. Les missionnaires l'aiment à la folie..
Nos birmans sont très bons, très respectueux, très aimants. Nous avons actuellement un millier de cathéchumènes. A part les birmans, nous avons ici les carians, les shans, les chinois, les indiens venus à la suite des anglais, les caloux, les katchyns, les chyns, les lishiams, les mainthos et diverses peuplades sauvages.Nous ne sommes que 22 missionnaires. Nous devrions être 2.000 au moins.."

Deux ans plus tard, arrive à Mandalay, un nouveau missionnaire originaire du Cantal, le P.  Francis Delort.
Emerveillé, il donne au journal ses premières impressions : " Avant que j'ai pu descendre du train, ils étaient tous dans le compartiment et m'embrassaient avec la plus affectueuse tendresse, parmi lesquels, bien sûr, Mgr Usse.. Nous causons un peu du pays, nous parlons de St Jacques, d'Aurillac, de St Flour. Tous les honneurs sont pour moi, toutes les attentions, je dirais presque toutes les caresses de Mgr sont pour son cher benjamin Francis, comme il m'appelle...oh! le saint homme, on me l'avait beaucoup vanté ; tout ce qu'on peut en dire de bien n'est pas au dessus de la vérité..
Hier il a prêché 8 sermons, en chinois, en birman, en anglais. C'est  lui qui me conduit partout et je ne comprends rien à ce qu'il dit de moi.. Il connaît tous ses chrétiens, c'est-à-dire 7.000 personnes C'est un plaisir de le voir dans les écoles appelant chaque enfant par son nom. Tout le monde accourt à ses côtés, lui baisant la main, l'appelant papa.."


Et c'est le retour en France qu'annonce le même journal en juillet 1899 : " Mgr Usse, évêque de la Birmanie du Nord est arrivé à St Jacques, sa paroisse natale, mardi 11 juillet à midi. Le jeune prélat appelé à Rome par SS Léon XIII a profité de son voyage en Europe pour aller saluer sa famille et les nombreux  amis qu'il compte en terre cantalienne."

Mais, le "jeune prélat" ne repart pas et sa présence est signalée ici ou là dans le Cantal. Nulle explication à ce séjour prolongé, aucune allusion à la suspension prononcée par le Vatican..

Quelques années plus tard, en 1905, le journal nous apprend qu'Antoine Usse vit désormais au Chesnois "dans le diocèse de Reims"  pour " refaire sa santé épuisée au service de sa chère mission de Birmanie". En fait, il va très mal car il est atteint d'une crise d'influenza "qui fait craindre à son entourage une issue fatale".

L'influenza ? cette forme de grippe a beaucoup fait parler d'elle une quinzaine d'années plus tôt.
C'est vrai qu'elle a laissé en France de si mauvais souvenirs que son nom est encore évoqué dans les cas graves d'infection pulmonaire.
A St Illide, elle a beaucoup frappé en 1892 et 1893. Nombre de décès sont dus à l'influenza, à commencer par le médecin du bourg, le docteur Laygues en mars 1892. Le pic est atteint en 1893 où " le fléau s'est répandu dans la plupart des villages et oblige des familles entières à garder le lit.". Il tue aussi et fait en juin " 6 décès en l'espace d'une semaine". En juillet encore, le correspondant du journal à St Illide annonce laconiquement que "l'influenza redouble d'intensité et fait des victimes..il y a environ deux enterrements par semaine..".
Mais en 1905 cette crise est passée depuis plus de dix ans et nous sommes encore loin de la grippe espagnole qui frappera durement le monde entier en 1918 et 1919.
Et de cette soit disant crise d'influenza, Mgr Usse meurt peu après, le 21 avril 1905.

Pendant 25 ans, c'est le silence,  La Croix du Cantal ne parle plus de Mgr Usse.
 
Jusqu'au 24 août 1930 où le journal mentionne, comme  une information déjà connue,  qu"il est mort de la lèpre contractée en Birmanie." !
Si l'information est vraie - pourquoi ne le serait-elle pas - le secret a été gardé longtemps !
Et le secret est d'importance car il peut expliquer à lui seul la suspension et le départ rapide de l'évêque, aussitôt les premiers symptômes apparus.

La lèpre est une maladie contagieuse et, à l'époque, incurable. Le seul moyen de protection, au début du 20éme siècle encore, est l'exclusion systématique des lépreux et, autant que possible, leur isolement.

Tel sera le sort de Mgr Usse, obligé de quitter la Birmanie et de connaître en France  une vie de plus en plus solitaire, dans le secret quasi absolu d'un mal qui aurait effrayé  son entourage, tant le "lépreux" était ( est encore ?) redouté de tous.