La chapelle de Vergnes

La photo présentant la chapelle mangée par le lierre est malheureusement la plus récente.

On mesure ainsi sa rapide dégradation en quelques années.
Si rien n'est fait d'ici à peu de temps, il ne restera qu'une ruine...
C'est une urgence évidente qu'on ne peut laisser à la seule charge et initiative de son propriétaire (si la maison a été vendue) ; la commune ou la communauté de communes doit rapidement agir, faute d'avoir fait classer cet intéressant bâtiment.
 
Beaucoup de suppositions sur la chapelle de Vergnes, faute d'archives et de témoignages, et peu de certitudes...
 
On sait qu'elle est vouée à St Roch, saint patron très populaire dans toute la France et dont la statue naïve dans l'église de St Illide le représente montrant une plaie à son genou avec un chien à ses pieds.
En réalité, St Roch qui vécut au 14ème siècle près de Montpellier, montre une marque due à la peste et le chien était celui du seigneur voisin qui, tous les jours, lui apportait un pain volé à son maître.
Tout naturellement, St Roch protège les hommes, et aussi les animaux, de la peste, de la lèpre et des maladies de peau, toutes affections fréquentes à son époque.
 
Jusque dans les années 1950-1960, la chapelle St Roch de Vergnes faisait l'objet d'un pèlerinage annuel très fréquenté, aux Rogations, c'est-à-dire juste avant l'Ascension. Le curé de St Illide y venait dire la messe et bénir hommes et troupeaux.
Fête colorée avec ostensoir et bannières dans ce cadre si frais, avec ce petit bâtiment couvert de tuiles romaines posé sur cette belle pente herbue. 
 
Aujourd'hui, même le sentier menant à la chapelle a disparu.
L'intérieur du bâtiment est dévasté : à peine y retrouve t-on encore quelques traces de sa fonction religieuse.
Une restauration interne est pourtant envisageable, rendant à l'oratoire sa simplicité primitive.
 
Au chapitre des hypothèses, on peut penser qu'il s'agissait à l'origine d'une bergerie ou d'une remise transformée plus tard en chapelle.
Sur la façade très rustique, une petite cloche et une simple croix en fer forgé clouée sur une vieille porte en bois.
Sur le flanc droit, l'appareillage d'une fenêtre est en briques, sans doute surajouté, avec élégante colonnette et voussures de style néo-roman.
L'ensemble est touchant par sa simplicité.
 
Qui a décidé et à quel moment, la transformation de ce bâtiment à vocation rurale en chapelle ?
 
Peut-être Melle DELZONS qui fit construire la belle demeure dans le parc de laquelle est posé le petit oratoire.
On sait ( voir VERGNES) que cette demoiselle était la nièce de l'illustre général Alexis DELZONS, baron d'Empire, tombé glorieusement en 1812 lors de la campagne de Russie et dont le père, Antoine, était membre du Conseil des Cinq Cents sous le Directoire. Cette demoiselle DELZONS est aussi la sœur d'Amédée DELZONS, président du conseil d'État et député du Cantal en 1848...
 
Quels sont les liens entre cette illustre famille aurillacoise et St Illide pour qu'une belle propriété y soit acquise et aménagée ?
Quels ont été les propriétaires successifs de cette maison dans les générations suivantes ?
A quelle occasion un bâtiment agricole ou pastoral a t-il été transformé, sans doute au milieu du XIXème siècle, en lieu de pèlerinage voué à St Roch ?
 

Beaucoup de questions que les lecteurs du site nous aideront à résoudre et qui conviendront que la commune ne doit pas laisser disparaître ce beau lieu de mémoire. 

En juin 2012, un élément de réponse est apporté par Nadine DELPUECH, lectrice érudite et fidèle.
Nadine remarque que dans le "dictionnaire topographique de la France" de 1897 (p. 456) la chapelle de Vergnes de St Illide est déjà décrite comme étant en ruines.
 
Donc, la chapelle a dû être restaurée au cours du 20ème siècle avant d'être à nouveau dans son actuel état de délabrement. Il faut dire qu'il y a un siècle, elle était très fréquentée par les pélerins.

Cette information laisse aussi penser que la chapelle est peut-être plus ancienne qu'on ne l'imaginait : début du 19ème siècle, voire avant ?

Une lecture attentive des comptes de la Fabrique de St Illide démontre à son tour que la chapelle de Vergnes est beaucoup plus ancienne que nous le pensions au départ.
Ces comptes mentionnent en effet à plusieurs reprises, de grosses réparations à la chapelle.
En 1817, c'est la maçonnerie et la charpente, puis, en 1818, la reprise du "couvert" et des peintures. La remise en état de la toiture est encore évoquée en 1829. L'année 1820, elle, mentionne l'achat d"une petite chaîne de fer pour la cloche" pour un montant de 1,75 F...
 
Au total, l'extrême simplicité du bâtiment, sa rusticité, rendent très difficile la datation de la fondation de la chapelle : au moins le 18ème, voire le 17ème siècle, peut-être même avant...


En novembre 2012, un habitant de Vergnes, également lecteur du site, nous rappelle que dans sa jeunesse, autour des années 40, la procession des Rogations à la chapelle ne se bornait pas à la bénédiction des moissons et des troupeaux.
C'était aussi le moment de prévenir et de lutter contre la sécheresse, tant redoutée par les agriculteurs et éleveurs.
Pour cela, le curé immergeait de ses mains la statue de St Roch dans l'eau d'un puits situé à proximité...
 
Où sont maintenant ce puits et cette statue ?
 
Aux lecteurs étonnés ou sceptiques, on rappelera que cette contrainte physique exercée sur la statue d'un saint est simplement une de ces pratiques anciennes et naïves, si fréquentes autrefois dans le rituel religieux et le quotidien de nos campagnes.